Sur les quatre principaux fabricants suisses d'armes militaires, deux appartiennent déjà à des groupes étrangers (Oerlikon Contraves est maintenant entre les mains du groupe allemand Rheinmetall et Mowag est depuis longtemps propriété de l'américain General Dynamics), alors que la RUAG s'internationalise en rachetant des usines dans toute l'Europe. L'industrie suisse d'armement n'est donc plus vraiment « suisse ». De plus, la Suisse achète déjà la majeure partie de son équipement à l'étranger. En cas de guerre, elle serait de toute façon dépendante de l'extérieur, ne serait-ce que pour les denrées alimentaires ou les matières premières.
C'est justement parce que son économie ne souffrirait guère de l'interdiction d'exporter des armes, que la Suisse se trouve en bonne position pour monter l'exemple et lancer le mouvement. C'est grâce au premier pas fait par le Canada que les mines anti-personnelles ont été interdites. C'est possible d'aller plus loin, comme le montre l'interdiction des bombes à sous-munitions. Par ailleurs, si on faisait tout ce qui est répréhensible sous le simple prétexte que « si ce n'est pas nous d'autres le feront », le monde irait certainement encore plus mal!
Les armes ne créent pas la sécurité mais augment les risques de conflits armés et le nombre de victimes. Contrairement aux soldats déployés à l'étranger, les armes vendues ne peuvent être rapatriées, même si leur le pays les ayant acquises menace la paix et viole les droits de l'homme. On ne peut donc garantir que les armes exportées par la Suisse ne menaceront pas sa propre sécurité ou ses intérêts supposés.