
Selon la NZZ am Sonntag de ce matin, les exportations de matériel de guerre vers le Pakistan continuent malgré les déclarations contraires. La Rheimetall Air Defence (anciennement Oerlikon Contraves) a même conclu de nouveaux contrats avec les militaires pakistanais. La livraison de munitions vers le Pakistan est une ultérieure violation évidente de la législation suisse sur le matériel de guerre.
La Conseillère fédérale Doris Leuthard avait affirmé, le 20 octobre 2009 dans un entretien dans la Basler Zeitung, que «Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance sur le matériel de guerre en décembre 2008, nous n’avons plus autorisé de nouvelles transactions avec le Pakistan.» Le même jour, la Conseillère fédérale a été citée dans TSR Info: « Berne n'exporte plus d'équipements militaires au Pakistan. »
Lors des débats publiques à Lausanne, Bâle et Zurich, la Conseillère fédérale a confirmé plusieurs fois que des exportations n’étaient plus autorisées vers le Pakistan, l’Egypte et l’Arabie saoudite. Ces déclarations s’avèrent être un pur mensonge puisque le 25 mars 2009, le Conseil fédéral a secrètement autorisé d’autres demandes vers le Pakistan et l’Egypte.
Le GSsA n’est pas surpris. Le Conseil fédéral et le SECO se fichent de la législation sur le matériel de guerre et défendent les intérêts de l’industrie d’armement au lieu de se porter garant des droits humains et d’une politique de paix. A travers la pratique actuelle d’autoriser des telles exportations, des armes Suisses arrivent dans des zones de guerre, comme le montre l’édition actuelle de la Sonntagszeitung. Ceci ne viole pas uniquement la neutralité, mais également la législation suisse. En dehors de l’administration fédérale, on ne trouve aucun juriste qui affirme que l’ordonnance sur le matériel de guerre permet des exportations d’armes vers les parties au conflit en Afghanistan et en Irak.
Selon Tobia Schnebli, secrétaire du GSsA, « Le scandale avec le Pakistan montre encore une fois que le régime Suisse de contrôle des exportations d’armes ne fonctionne pas. Le Conseil fédéral viole la législation chaque fois que cela sert à l’industrie d’armement. »
Josef Lang, Conseiller national et membre du Comité du GSsA demande que « le Conseil fédéral applique immédiatement ce qu’il a communiqué le 25 mars: un embargo immédiat et complet pour les exportations du matériel de guerre vers le Pakistan, l’Egypte et l’Arabie saoudite. »
Le Pakistan est actuellement le foyer de conflits le plus dangereux au monde et la situation des droits humains est désastreuse. Les canons de la Rheinmetall ne servent pas à des fins « défensives », mais font partie du dispositif d’armement atomique du Pakistan. Ce dispositif est imprévisible et le conflit au Cachemire est toujours sans solution et des combats d’artillerie sont quotidiens. Par ailleurs, plusieurs conflits armés internes ravagent le pays. Dans la vallée de Swat, environ 120'000 civils ont quittée le Sud du Waziristan et des dispositifs d’aide manquent, laissant présager une nouvelle crise humanitaire. En même temps, il est connu que des grandes parties de l’armée pakistanaise ne sont pas contrôlables et livrent des armes aux Taliban en Afghanistan. Il y a de grands risques que ces armes soient utilisées dans les conflits multiples qui sévissent dans la région ou même qu’elles tombent dans les mains des groupes radicaux.